Homo Journalistus

Comme j’ai pu l’écrire par le passé, les communiqués peuvent être source d’exaspération chronique comme de fous rires incontrôlables.

Dans l’univers de la beauté, il faut bien avouer que c’est la seconde catégorie qui domine.

Pour un parfum, par exemple, le journaliste a besoin de cela : « Le parfum X se compose de senteurs de X, présenté dans un flacon de forme X, contenant Xml de jus et vendu X euros ».

Et bien pourtant, régulièrement, on se retrouve avec un communiqué disant cela :

« Le flacon, courbe et or, futuriste, brille comme larme d’or, une larme de joie et de bonheur féminin : proche du corps humain. Ce flacon, c’est bien sûr la femme, c’est même la quintessence de la femme ; c’est une douceur dorée, c’est une goutte d’or, comme celles dans laquelle Zeus s’incarna pour féconder Danaé ».

...que dire à part "Dites non à la drogue !"...

 

 

 

Et pour répondre aux mails : OUI, je suis à présent traçable sur Facebook et Twitter, depuis les liens en haut à droite. :)

De quoi délirer en temps réèl...

 

 

Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /Août /2009 13:00
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Parfois, quand il ne reste plus d’autres solutions, le journaliste peut avoir recours aux interviews par mail. Il envoit ses questions, auxquelles l’interviewé répond de manière précise dans les plus brefs délais.

Cet exercice est déontologiquement discutable, l’interlocuteur ayant une maitrise totale de sa parole qui peut dissimuler avantageusement des zones d’ombres sur lesquels le journaliste ne peut pas le « contre-interroger ».

Mais le plus gros problème avec les Itw-Mail, c’est parfois que certains ne comprennent pas vraiment que des questions précises appellent des réponses précises, ou qu’un journaliste a besoin d’avoir des données intéressantes pour justifier un article.

Je vous livre ici le fruit d’un Itw-Mail menée à contre-coeur par une collègue qui est depuis sous morphine pour ne pas aller dépesser son interlocuteur au couteau à beurre :

 

 

 


« - Combien de paires sont lancées ?  Homme et femme ?  

L'univers femme représente 35 % de notre activité

(Remarquer l’écart entre la précision du « combien » et le flou d’un pourcentage mou et inutile puisque ne reposant sur aucun chiffre absolu…)

 

- Quels sont les objectifs de développement relatifs au segment femme ? (à moyen terme)

Nous n'avons pas d'objectif chiffré mais uniquement un objectif de qualité.

(Ben voyons, on est tombé sur une entreprise dont le but n’est pas le profit mais juste de rendre les gens heureux. Un dispensaire religieux, quoi…)

 

- Même question pour les bijoux. 

Les bijoux sont développés en interne idem mais dans une moindre mesure que les chaussures.          

 (La question de départ étant « quels sont les objectifs », je vous laisse savourer le "n’importenawak" de ce caca réthoriquo-blablataire…)

 

- Combien représentent ces marchés clefs en % par rapport au CA global ?  

Plus de la moitié du CA.

(Entre 50 et 100 %, donc. La vache, c’est aussi précis qu'un discour de C.Albanel sur la loi Hadopi)

 

- Quels sont les chiffres de vente à ce jour ?

 Ils évoluent très vite.

(Question- « Tu as quel âge DDX ?» ; Réponse- « Je vieillis très vite !»)

 

- Quel est la répartition du CA vente boutique / vente online en % ?

Très intéressante.

(Et si, mes bons amis….Il aurait marqué « qu’est-ce que ca peut te foutre, pauvre connasse ! », je pense que l’effet aurait été le même).

 

-  Dans combien (et où et quand ont-elles été ouvertes) de boutiques en propre (et multimarques) est présente la marque dans le monde ? 

Nous avons quatre magasins en propre répartis sur Melun, Dijon et Carnac, et Strasbourg.

(La vache ! Donc tu ne donnes pas d’info, tu es désagrable dans tes réponses, tu « exiges » presque un article…et t’as quatre pauvre boutiques….......

Alors, mon petit pote, je peux te dire qu’en général les VRAIS pro attendent d’avoir au moins un concept store à Dubaï et un corner sur la 5ème Avenue avant de faire des réponses de Diva, ducon !)

 


Quand tu penses que ce sont ces mêmes mecs qui t’appellent ensuite pendant six mois pour s’indigner qu'aucun article ne soit paru à leur sujet... Le couteau à beurre a finalement du bon...d

Et après, quand on voit un journaliste blasé, on se demande "pourquoi"... 

Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 20:00
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Il y a une discutions qu’un journaliste a beaucoup de mal à apprécier. Je me rappelle encore ma première fois :


«- Bonjour, je voudrais parler à Ddx (voix enjouée d’une jeune femme sans doute belle et gracieuse)
Oui, c’est moi. (voix sensuelle et profonde d’un jeune homme en train de se curer le nez)
Bonjour, c’est Samantha, je travail pour le bureau de presse DansTonCom, qui gère entre-autre la communication de Sweater International.
Bonjour, Samantha. (voix très poli, surtout avec les jeunes femmes sans doute belle et gracieuse)
Dites-moi, avez-vous fait un article suite à l’interview du PDG de Sweater International ?
-….et bien oui. Il est même paru en couverture, il y a deux semaines… (voix agacée)
Ah oui ! Mais c’est très bien ça ! Vous pourriez me le faire parvenir ! (voix tressautant de bonheur)
Oui, je ferais ça dès que j’aurais un moment. (ou « tu l’as reçu, t’as qu’à le chercher, cocotte »)
Et pourriez-vous m’envoyer vos tarifs publicitaires ? (voix qui devient soudain plus sérieuse qu’enjouée)
Ah !?! Vous êtes intéressées pour une page de pub ?
- ….ben en fait, non
!?!
- ….c’est pour dire à Sweater combien ils ont économisé en pub via votre article… (presque chuchoté)
-…………….(voix qui ne dit pas « non mais elle se fout de ma gueule, cette greluche ?)

 

Cette jeune attachée de presse (dont la finesse est comparable à celle d’un Texan bourré patrouillant à la frontière mexicaine) m’avait assenée en pleine gueule une vérité que le public a tendance à oublier :

 

« Les entreprises voient d’abord dans un article de presse l’économie d’un achat d’espace publicitaire,

une ligne « moins » sur leur tableur Excel. »
 

Attention : ce principe n’est pas nouveau, et peut s’apparenter à un échange de bons procédés (donnes-moi des infos intéressantes sur toi pour nourrir « la bêêêête », et ça te fera de la pub).



Le vrai problème pour la presse web (dont les articles sont modifiables après diffusion) vient quand l’entreprise évoquée revient vers le journaliste pour lui demander s'il peut :

« modifier ce passage »,
« changer ce mot »,
« citer plutôt cette personne qu’une autre »,
« ne pas évoquer la concurrence »,
« dire que le PDG a été primé par le Medef »,
« mettre en avant ce produit phare en particulier »,
« rappeler que nous sommes numéro 1 du secteur »,
« enlever le passage avec nos baisses de revenus l’an passé »,
« retirer notre condamnation pour trucage des chiffres »,
« supprimer le passage sur les usines fermées pour travail au noir »… 

 

Alors, comme c’est bientôt mes 25 ans (je sais : « ça passe vite », « un quart de siècle », « ça nous rajeunit pas », « bientôt la ménopause »…), je m’offre ici la seule réponse qui me vient alors à l’esprit dans ces moments, où l’envie de vient de fourrer mon clavier (et ma souris) au plus profond du fondement de mes interlocuteurs (la musique va avec) :



Bien sûr ! Je vous mets une pipe et une Mars, aussi ?

Tu veux l’écrire toi-même, ton article ?
Et ben t’achètes une pub, pauvre merde !

Tu t’es cru chez Skyblog, tocard  !?!
 

Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 09:10
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Le croiras-tu, lecteur, je n’ai pas toujours officié dans la mode. Et oui. Je n’ai pas toujours passé mes journées à rencontrer des créateurs avides d’imposer à mes yeux septiques leur concept « luxe », « jamais vu », « hyper-tendance », voir carrément « supra-singulier » ou « upper-stylé » (oui, pour bien signifier leur originalité, certains créateurs de mode créent même des mots).

 

 

Avant d’interviewer des créateurs de bottes en cuir vendues au prix d’une mobylette Peugeot (toute option), j’ai donc interviewé des porteurs de bottes en caoutchouc achetées 30 francs (nouveaux) à la coopérative agricole du coin.

 

Mais étrangement, les différences entre l’avant et l’après ne sont pas aussi criantes que l’on pourrait le croire.

 
Aujourd’hui, je me rends les yeux bouffis à des conférences de presse matinales où les responsables encravatés de sociétés expliquent leur volonté de s’orienter vers une utilisation plus importante de matières recyclés (parce que c'est pas de la merde). Avant, je me rendais les yeux bouffis à des conférences de presse matinales où les responsables encravatés de sociétés agricoles m’expliquaient leur volonté de s’orienter vers une utilisation plus importante de "matières" recyclés (et là, c'est de la merde).
 

Par exemple, aujourd’hui je m’éreinte à extraire du flot de paroles marketing de mes interlocuteurs les quelques informations valables nécessaires à ma subsistance journalistique. Avant, je m’éreintais à extraire du flot de paroles à demi-patoises de mon interlocuteur les quelques bribes de mots intelligibles à partir desquels je pourrais, vaguement, comprendre de quoi il me parle depuis…depuis…quoi, vingt minutes, déjà, mais c’est dingue !?!

 

Aujourd’hui, je revois des appels énervés de jeunes créateurs dont je n’ai pu parler, faute d’informations justifiant un article. Avant, j’écoutais les plaintes de quelque Amical Bouliste me reprochant de ne pas avoir couvert leur compétition du week-end dernier dédiée au Téléthon (va leur expliquer que ladite émission n’ayant lieu que dans six mois environs, et la vingtaine de concurrents n’ayant réuni que 50 euros, j’ai quelque peine à vendre le sujet à mon rédacteur en chef).

  

Aujourd’hui j’interviewe des sportifs qui lancent leur propre marque et qui m’assurent qu’ils ont toujours rêvé de créer des vêtements, et que rien que d’y penser, ça les faisait rêver. Avant, j’interviewais des sportifs qui m’assuraient que jamais ils ne feraient des trucs commerciaux comme se mettre à la chanson, ou lancer leur marque de mode, et que rien que d’y penser ça les fait bien marrer.

 

Non, vraiment, les différences ne sont pas aussi criantes...

 

 

Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /Juin /2009 09:35
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Parlons de luxe. Je sais que tu es curieux, lecteur, de connaitre l’univers dans lequel mon métier me fait évoluer. Je vais donc te parler de ses strass, de ses paillettes, de ses moulures et de ses draperies de fils d’or. Mais afin de ne pas te faire passer trop rapidement de ton morne quotidien à l’univers chatoyant de nos amis les riches, ce qui pourrait t’occasionner une syncope (voir une Mickael Vendettaïsation), évoquons d’abord le luxe par un domaine qui t’es vaguement familier. Laisse-moi donc de conter…les chiottes du Westin.

 

Pour tous les non-possesseurs de Rolex dont les vies ne sont qu’un océan de banalité looseristique (travail, famille, courses le samedi…), je rappelle que le Westin est ce grand hôtel parisien situé non loin de la place Vendôme, à l’angle de la rue Castiglionne et du boulevard de Rivoli. Il m’est régulièrement donné de me rendre dans ce grand Formule 1 amélioré à l’occasion de salons ou de conférences où petits-fours et caféine réapparaissent à volonté (un peu comme dans Harry Potter…)

 

Parlons des toilettes, donc. Comme toi, comme moi, comme tout le monde, les riches ont régulièrement des besoins pressants, qui les poussent à se rendre aux WC. Ceux du Westin se trouvent face au bucolique Jardin d’Hiver. L’on accède aux toilettes via un vestibule dont la moquette s’avère épaisse comme une liasse de billet, étouffant ainsi les bruit de pas (oui, le riche n’aime pas que l’on sache qu’il va faire caca). Là où un banal trois étoiles indiquent les toilettes femme et homme par un simple symbole schématique des deux sexes, le Westin va plus loin. Sur les deux portes trouve-t-on ainsi deux portraits calligraphiés soigneusement encadrés, représentant un gentilhomme et une gente dame apprêtés comme aux dernières heures du XIXe siècle.

 

Le riche pousse alors la porte destinée à son sexe (il s’agit là d’une image, encore que durant certaines soirées partouzatoires de la capitale, on rapporte que quelques barbons alcoolisés et autres animateurs télévisés auraient déjà déshonorés quelques serrures Louis XVI) et arrive dans un espace avoisinant les 30 m², tout tapissé de marbre et de boiserie. En musique, car les latrines sont délicatement nappées d’une musique jazzy invitant au recueillement défécatoire. A gauche, on trouve comme n’importe où les fameuses pissotières, accompagnées de solides plaques de marbre noir pour préserver l’intimité de leurs utilisateurs. Ici, pas de boules désodorisantes au fond du récipient, Chanel ayant refusé d’en produire pour embaumer cet espace singulier. A droite se tiennent les cabines, où le passant fortuné posera son séant avec de recourir au papier toilette sept épaisseurs de l’hôtel, dont les dérouleurs plaqué or sont surmontés d’un mot du directeur : « Il nous est impossible de vous proposer le papier toilettes Louis Vuitton précédemment octroyer ici, la maison en ayant cessée sa production » *.

 

Contrarié par cette annonce, le visiteur sort de la cabine et se rend aux lavabos, marbrés eux-aussi, installés de part et d’autre de la pièce. Après avoir mouillé ses mains en actionnant les rutilants robinets argentés, il se oint les mains avec le savon Thierry Mugler accroché au mur (vous ne croyiez tout de même pas qu’ils allaient mettre du « Le Chat » comme chez les gueux de province, non !). Après s’être abondamment rincé les mains, le fortuné visiteur se les essuie grâce à des serviettes épaisses comme des nappes, empilées au millimètre prêt au bord de l’écuelle nacré. Satisfait, il se redresse et toise alors les reflets de son crâne dégarni dans un miroir dont l’ampleur dépasse celle du pare-brise d’un monospace. S’adressant à lui-même un signe de satisfaction, l’homme pousse alors la porte par laquelle il est rentré.

 

A l’extérieur, une femme voutée d’une cinquantaine d’années passe l’aspirateur sur l’épaisse moquette du vestibule. « Bonjour » lui adresse alors l’homme en traversant la pièce sur un bruit de pas étouffés. La femme sursaute, et regarde, les yeux ronds, le passant encravaté qui la fixe, la bouche et le regard souriant. Elle rend le bonjour d’une voix voilée par l’âge et la cigarette. Un acte dont elle est peu coutumière tant les bonjours lui sont rarement adressés. Cette surprise pèse dans sa réponse, comme pour souligner à l’homme à quel point il est inconvenant pour un client de saluer le petit personnel. Gêné, l’homme disparait, emportant sa démarche silencieuse dans le couloir voisin. La femme baisse alors la tête, et se remet à frotter assidument la moquette épaisse telle une liasse de billet dont, elle, ne verra sans doute jamais la couleur.


La prochaine fois, je vous initierais à la Haute Couture en commencant par "La boutique Tektonik (TCK) de Chatelet".


 * : j'exagère, naturellement, mais il m'a tout de même été donné de voir voir à Londres un papier toilette orné de fins liserets d'or rappelant les motifs Burberry. Comme quoi, se torcher bling-bling, c'est possible.

 Classique, mais ça colle bien.
Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 09:42
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