Aujourd'hui débute la grande, la majestueuse, la mythique semaine de la mode de Paris. Alors pour toi qui n'auras sans doute jamais la chance d'assister à un "fashion show", je m'en vais te compter le déroulement de cet événement particulier que le tiers-monde nous envie.
(avec de vrais morceaux de mauvaise foi dedans)

 

Tout d'abord, sache qu'un défilé se déroule généralement dans un endroit anodin, sans prétention. Par exemple un musée internationalement célèbre, la salle de bal d'un hôtel cinq étoiles ou même les couloirs matelassés d'une ambassade haussmannienne. Certains créateurs échappent cependant à cette règle et privilégient de vieux hangars désaffectés ou d'anciennes manufactures précédemment délocalisées. Le styliste explique généralement que ce cadre renoue avec les humbles début de sa marque, et que ce décor de murs fissurés et de poutrelles rouillées dont perlent des gouttes d'eau croupies est parfait pour présenter ses créations en satins et alpagua, dont la pièce la plus accessible vaut à peine six mois de salaire d'un cadre.

 

Au centre du décor trône le podium. Celui-ci peut avoir diverses formes. Le plus classique étant celui d'une tige le long de laquelle de jeunes éphèbes viendront faire des va-et-vient dans un balais masturbatoire qui ne laissera pas le public indifférent. Le podium peut également avoir une forme carré ou ronde, les modèles y tournant tels des hamsters dans la roue infernale d'une cage Ikéa. Il existe également des podiums plus vicieux, parfois dotés d'intersections, permettant aux spectateurs de voir les mannequins se tamponner et parfois même tomber au sol sous les « oh, le/la pauvre » d'un public qui, dans un élan de compassion, immortalisera l'événement sur son téléphone portable ou son appareil photo, pour ensuite véhiculer le cliché par mail, avec en notice quelques phrases hautement philosophique comme « Chui peut-être pas gauler comme un Dieu, mais moi au moins je sais marcher ».

 

Intéressons-nous maintenant au public. Plus vous êtes important, plus vous serez dans les premiers rangs, face aux « looks », ces endroits où les mannequins s'arrêtent quelques secondes pour regarder les photographes d'un air dédaigneux en rentrant les joues façon sole meunière. Plus vous êtes une sous-merde dont on se demande ce qu'elle fout là, plus vous serez debout, dans le meilleur des cas appuyés contre le mur du fond, essayant de distinguer un bout du podium entre les choucroutes garnies surmontant le crâne de sexagénaires permanentées. Les célébrités ont bien entendu les meilleures places, là où les photographes pourront les mitrailler et donc donner de l'importance à l'événement. Les acheteurs viennent ensuite, la survie financière dépendant du nombre de commandes que ces personnes daigneront passer à l'issue de la présentation. Arrivent enfin les invités à qui l'ont a donné des places pour boucher les trous éventuellement laissés par les absents et retardataires. Faute de quoi se retrouvent-ils en classe « standing », et donc debout comme expliqué plus haut.

 

Détail omis jusqu'à présent : un défilé ne débute jamais à l'heure. En dessous d'une demi-heure de retard, un défilé est raté. Pour éviter cette ponctualité de mauvaise aloi, les organisateurs sont aidés par une population jusque là non-évoquées : les journalistes. Constamment en retard de nature, le journaliste a un statut particulier. Il faut savoir que dans une journée qui compte une vingtaine de défilés, les journalistes de mode sont trimballées entre les présentations via un bus dédié, dans lesquels ils s'engouffrent à chaque fin de défilé dans l'espoir vain d'avoir une place assise. Un défiléne débute jamais tant que les journalistes ne sont pas arrivés, telle une meute de femmes et d'hommes agrippés à leurs calepins se jetant sur les places des premiers rangs qui leurs sont réservées, celles qui a fait tant saliver le public debout depuis une bonne heure.


C'est alors que tout s'accelère...
(à suivre)

Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 10:51
- Par Ddx - Ecrire un commentaire
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