Homo Journalistus


J'ai toujours beaucoup de mal à expliquer la distinction entre journaliste et attaché de presse. Alors prenons un exemple :

 

Prenons Jésus.

C'est un fait, le gugusse a existé, et est cité dans nombre d'écrits non-religieux de l'époque. Tout le reste n'est qu'affaire de croyance.

 

Jésus avait 12 attachés de presse. Ces derniers ont tous écrit un dossier de presse pour leur client. Au final, on a gardé les quatre plus vendeurs, qu'on a regroupé dans un livre (sorte de gros fichier PDF qui a la particularité de prendre la poussière) baptisé "Nouveau Testament" (oui, il faut toujours donner un titre ronflant à un communiqué de presse).

      http://interparole-catholique-yvelines.cef.fr/bibliographie/LaCeneVinci.jpg
Conférence de presse à Jerusalem

 

Vu par le journaliste de l'an 33 (époque où la presse devait vraisemblablement déjà être en crise), voici ce qu'aurait donné l'entrée de Jésus dans Jérusalem.

"La capitale a été hier investie par une foule fêtant l'arrivée d'un certain Jésus, natif de Nazareth ayant fait parler de lui ces derniers mois en se présentant comme le fils de Dieu, et en accomplissant une série de "miracles". Des mystifications, selon ses détracteurs, qui lui prêtent même une relation avec une prostituée. Mais le jeune homme a en tout cas su générer un engouement certain. De quoi inquiéter les autorités qui voient en lui un hurluberlu provoquant des troubles de la circulation en ville,"

 

Maintenant, lisons le communiqué de presse relatant l'événement.

"Après une tournée triomphale dans toute la Judée, c'est à présent à Jérusalem que Jésus Christ, fils de Dieu et Messie des hommes, dispensera la bonne parole. Après avoir soigné les lépreux, multiplié les pains, réveillé les morts, le Christ annonce qu'il se produira prochainement devant le Temple, sur la place des marchands. Un événement à ne pas manquer ! Et le Fils de l'Homme promet par la suite un grand diner spectacle ainsi qu'une after au Mont des Oliviers. Attention, le nombre de place étant limitée, merci de contacter ASAP le service de presse afin de recevoir votre pass VIP. Merci de respecter le dress-code".

 

Et si on poursuit dans cette veine, un fait saute aux yeux : Judas devait être le plus avant-gardiste des attachés de presse. Pourquoi ? Parce que si ce dernier a dénoncé Jésus, c'était pour faire du buzz !!! Le bougre était certain que Jésus gagnerait son procès et doublerait ainsi son audience sur les ménagères. Et Jésus l'a même laissé faire, du genre "Vas-y, tentes le coup. Mais si ça merde, t'aura du mal à retrouver du boulot, mon ptit pote !" Et Judas a hélas au passage découvert le problème avec les buzz : ça a tendance à se retourner contre ses organisateurs.

 

Conclusion : un attaché de presse a pour boulot de présenter son client comme le Messie à des journalistes blasés qui n'y verront qu'un dingo de plus. Mais en 2000 ans, c'est devenu plus vicieux : au lieu d'envoyer des barbus sales et hirsutes, aujourd'hui on envoie surtout de pimpantes jeunes femmes aux sourires ravageurs et à l'esprit vifs. De quoi faire du boulot des journalistes hommes, un chemin de croix.

 

Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 00:30
- Par Ddx - Ecrire un commentaire
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Communauté : Humour de tout genre - Publié dans : Homo Journalistus

Après le droit de réponse, parlons aujourd’hui de l’erratum : lorsqu’une info incorrecte est publiée, l’organe de presse fait paraître un court correctif remplaçant la mauvaise info par la bonne.

 

Parlons de cette grande enseigne d’habillement que vous connaissez tous pour l’avoir croisée dans les zones commerciales, et que nous appellerons « La Frite » (comme la marque de lessive, oui).

 

Voici donc ce que m’écrit Nadine Lapette-Sec, directrice juridique de La Frite :

« Nous souhaiterions faire publier un erratum, suite à différents articles annonçant le lancement par notre marque d’une ligne dénommée « Choucroute ». Notre enseigne n’a jamais lancé, ni même eu l’intention de lancer, une ligne ainsi dénommée. Toute utilisation du mot « Choucroute » en  anglais n’a été faite que pour évoquer l’esprit urbain des collections.

 

Non seulement Nadine fait référence à un seul article, ainsi qu’à une ligne qui mérite à peine le titre d’information tertiaire, mais surtout les communiqués validés par la marque revendiquaient clairement l’appellation « Choucroute ». Et pour parachever le tout, je garde un mail de La Frite me remerciant suite à la parution de l’article…ce qui remonte à plus de six mois !?!

 

 

Là, lecteur, tu te dis « Diante, mais quel est ce binz ? »

 

Explication : La Frite est en fait sous la menace d’un procès fomenté par la marque qui détient l'appelation « Choucroute ». Celle-ci est très jalouse de l’utilisation de son nom (et son avocat a enfin trouver un truc à faire entre deux redressages de trombone et perçage de papier-bulle).


Consciente que cela sent mauvais, La Frite cherche donc à faire disparaitre toutes les allusions à la ligne Choucroute, quitte à nier jusqu’à son existence. « Notre enseigne n’a jamais lancé, ni même eu l’intention de lancer… ». Oui ! Comme dans X-Files ! C’est le Roswell de l’information ! Il ne s’est rien passé ! C’est limite si l’information ne m’a pas été donnée à 3h du matin dans un parking sombre par un attaché de presse aux traits cachés par un chapeau et un imperméable beige !

 

Pas besoin de mettre un X blanc à sa fenêtre pour comprendre que si La Frite n’a rien dit, rien fait, même qu’elle a un témoin qui peut le prouver, qui sont les méchants de l’histoire ??? Comme toujours : ces-salauds-de-journalistes-qui-font-rien-qu’à-raconter-des-conneries.

 

Autant vous dire que la directrice juridique de La Frite s’est faite envoyer bouler comme jamais elle n’avait pensé l’être.

Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 12:00
- Par Ddx - Ecrire un commentaire
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Communauté : Bd blog et scribouillages - Publié dans : Homo Journalistus
Le fait que journaliste et hommes politiques se tutoient allègrement (mais pas systématiquement) est de notoriété publique (l’excellent site ArretsurImage vous le dira mieux que moi).

Voici une petite expérience vécue quelques années en arrière.


Mon école est contactée par un grand parti politique. Ce dernier cherche de jeunes journaleux pour animer, devant de jeunes militants, un débat, entre les (moins jeunes) candidats à la candidature pour la mairie de Paris.


Me voilà donc sur une péniche à deux pas du Palais Bourbon pour animer la soirée avec deux comparses. J’avoue que je n’ai pas vraiment l’habitude de passer la soirée des « jeunes » gens qui, à ma grande surprise, sont à 80 % vêtus de polos de marques et d’un petit pull en maille noué sur les épaules pour se donner un aspect relax (rebelle, déglinguot, hooligan quoi !).


Les quatre candidats arrivent dans leurs voitures avec chauffeurs. Et tandis qu’un député à l’haleine Marlboro Light me les présente, l’étonnant se produit : alors que je lui tends la main en émettant un « enchanté » de bon aloi soigneusement répété, la candidate féminine se penche vers moi, me pose la main sur l’épaule, me fait une double bise et lâche en un grand sourire « Comment tu vas ? ».



!!!!



Comment réagir quand une parfaite inconnue, face à laquelle votre profession impose un rapport neutre et dépassionné, vous claque la bise comme une tantine de province (vous savez, celle qui vous tire les joues et vous glisse discrètement une pièce dans la main pour que vous vous achetiez des bonbons) ?


Là, pris par surprise, j’ai du baragouiner quelque chose comme « euh oui euh bien euh et toi ? Vous ? Madame ? Zavez vu le temps qui fait ? holala on est pas gâté…».


J’ai très vite éliminé la possibilité qu’elle pense m’avoir déjà croisé par le passé. Mais qui tutoie-t-elle alors ? Le journaliste (neutre, dépassionné, limite chiant avec toutes ses questions ?) ou le jeun’s que je suis (ce qui m’étonnerait vu que même les jeun’s venus assister à la soirée m’ont tous respectueusement vouvoyés, même pour me demander le chemin des waters) ?


Un camarade ayant eu une expérience similaire me dira un jour « Son Tu m’a fait l’effet d’une main au cul ». Image dont la justesse n’a d’égale que sa grande trivialité.



Toujours est-il que j’ai eu de la sympathie pour cette candidate. Surtout lorsqu’un de ses opposants a cru bon de lancer pendant le débat « on est pas dans un concours de beauté !!! ». Réplique dont la misogynie crasse et suintante aurait d’avantages fait mouche à la fin du XIXe siècle.


Il se trouve que la candidate à la candidature est devenue candidate à la mairie de Paris. Élection d’ailleurs paumée dans les grandes largeurs par son parti. Cette candidate, je l’ai d'ailleurs un jour vu pleurer, face caméra, en parlant de cette période.

Ça fait drôle de voir une tantine de province
pleurer.
Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 12:00
- Par Ddx - Ecrire un commentaire
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Communauté : Humour de tout genre - Publié dans : Homo Journalistus

 


Cette phrase ponctue invariablement toutes les fins d’interviews. Il est en effet de plus en plus courant que certains attachés de presse considèrent qu’un article est un dû. Et peu importe si l’interview s’est révélée vide de tout intérêt (en dépit des viennoiseries posées sur la table).
 
 

 

Il faut voir que lorsqu’une entreprise fait appel à un bureau de presse, cela se traduit généralement par « Hé, cocotte, à la fin du mois, je veux tant d’articles sur ma pomme ». Le problème c’est que ces entreprises oublient souvent que, pour parler de sa pomme, ces poires de journalistes ont besoin d’une chose toute bête : une information ! (oui, je sais, c’est ballot)





A l’instar du hard rock et des chasseurs, il y a le bon et le mauvais attaché de presse :

-          un bon attaché de presse, il a une info, ben…il obtient une parution.

-          un mauvais attaché de presse, il a pas d’info, ben…il obtient une parution.
 
 

Les plus cyniques penseront sûrement que c’est en fait l’inverse (petits malins, va !). Mais à long terme, non ! Se tire une balle dans le pied tout attaché de presse capable de dire « Hé bichette/coco/mamour/ma couille, cette société lance un grand plan de développement ? Une interview t’intéresse ? », tout en sachant pertinemment que ce « grand plan » est vieux de trois ans, ou consiste juste à changer la moquette du siège.
 
 

Car une fois que le journaliste prend conscience qu’il vient de se faire enfiler (à sec et sans petit bisous avant), tout se dérègle. La société harcèlera l’attaché de presse pour savoir quand paraitra l’article, l’attaché de presse harcèlera le journaliste pour savoir quand paraitra l’article, et le journaliste va se mettre à exécrer ardemment cette société et ce bureau de presse qui lui a fait perdre son temps et sa patience (et en plus, vindiou de vindiou, le café servit lors de l'ITW était dégueu).

 

Combien d’interviews obtenues uniquement sur de fausses promesses de nouveautés ? Combien d’interviews obtenues uniquement après un travail de sape via harcèlement téléphonique, n’aboutissant que sur des entretiens mous, creux, et sans intérêt ?

 

En fait, un bon attaché de presse est celui qui arrive à répondre aux demandes parfois surréalistes de ses clients tout en évitant aux journalistes de froisser leur déontologie (oula, un gros mot) à force d’écrire des interviews que même la presse people en voudrait pas (et pourtant, d'habitude, elle fait pas sa mijaurée, la gourmande).
 

Mais vu que ce sont les clients qui signent les chèques, ce sont généralement les journalistes qui finissent par l’avoir dans le dos (en bas, au fond, et à droite).

 

Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 11:08
- Par Ddx - Ecrire un commentaire
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Communauté : Humour de tout genre - Publié dans : Homo Journalistus

Je sais, cher lecteur, que tu brûles d'envie de savoir ce qu'est un "Droit de Réponse".
 

Il permet à une personne ou à une société citée dans une parution, d'une manière qu'elle juge erronée, de demander la publication d'un texte expliquant sa propre vérité (en gros).
 

Mais parfois, ce "droit" peut donner lieu à des débordements plus que casse-noix, et, parfois, offrir de petites revanches.


Au hasard (ou presque) : un grand catalogue allemand de vente à distance est placé en redressement judiciaire. Quelques jours plus tard, la rédaction ayant relayé l'information reçoit un courrier en AR de l'avocate non du catalogue allemand, mais de sa déclinaison française.
 

Dans un langage aussi châtié que lexico-masturbatoire, l'avocate argue que le catalogue français craint d'être confondu avec le catalogue allemand ("avec lequel il n'a plus rien à voir"), effrayant du même coup ses propres clients. Elle EXIGE un droit de réponse (tout en oubliant de réclamer 100 balles, un mars et une p..., comme le veut la tradition).
 

Décision est prise à contrecœur de céder à cette demande. Un article parait donc en expliquant que "le-catalogue-français-n'a-plus-rien-à-voir-avec-le-catalogue-allemand-qui-est-en-redressement-judiciaire-(ronfle-ronfle-ronfle)".


MAIS comme le journaliste en charge de l'article est une sale ordure mal rasée qui dit des gros mots et joue à des jeux violents (votre serviteur, donc), est ajoutée en fin de papier une toute toute chtite information qui vaut le détour :
 

"Le catalogue français, lui aussi, a été placé en redressement judiciaire il y a 10 jours".
 

Comme quoi, quand on demande un droit de réponse, faudrait voir à ne pas foutre de la gueule de gens. 

Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 00:01
- Par Ddx - Ecrire un commentaire
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Communauté : Humour de tout genre - Publié dans : Homo Journalistus
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés